100 jours de bonheur V2.0

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Je n’aime pas les réseaux sociaux.

Je les abandonnerais tous si ce n’était de mes groupes Facebook, d’où provient une grande partie de mon apprentissage non expérimental et de mon sentiment de communauté.

Instagram, c’est une tout autre bête. Les jours (très lointains) où Instagram était une collection de belles photographies me manquent, et on pouvait tellement en apprendre sur une personne, et la façon dont elle voyait le monde, à travers une photo. Pas ce qu’elle essayait de projeter, juste son monde, à travers ses yeux. Ça a changé autour du moment où les appareils photo numériques se sont tournés en mode égoportrait, et qu’en tant que culture on s’est encouragés mutuellement à devenir obsédés par la projection publique d’une version de nous-mêmes, pour consommation par les autres.

Il y a un vers dans un de mes poèmes préférés, the Love Song of J. Alfred Prufrock, qui dit :

« There will be time, there will be time
To prepare a face to meet the faces that you meet; »


Et la vie à travers le prisme des réseaux sociaux me rappelle souvent ça.

Quand le Bulletin d’Aylmer m’a interviewée avant les Fêtes, ils m’ont posé des questions profondes qui m’ont fait prendre conscience de l’importance que j’accorde encore aux « espaces sécuritaires » sur le web. Pas sécuritaires du point de vue de mes données ou de mes renseignements personnels. J’accepte qu’on ait dépassé le point de non-retour en matière de vie privée, et que le concept de « renseignements personnels privés » repose maintenant aux côtés d’os fossiles en formation dans un site d’enfouissement débordant quelque part.

Je parle d’« espaces sécuritaires » dans le sens d’espaces où je peux interagir avec d’autres et être moi-même, et où je peux avoir confiance que les personnes avec qui j’interagis sont une version authentique d’elles-mêmes.

C’est ça, mes « réseaux sociaux », et si vous me trouvez dans un groupe privé, je suis soit en train d’observer en silence et d’apprendre, soit assez à l’aise pour utiliser ma voix écrite, et c’est moi.

J’apprécie le côté privé de Facebook, et je ne m’en suis rendu compte que quand mes enfants plus vieux ont commencé à apprendre leur empreinte numérique à l’école, et m’ont demandé d’arrêter de publier des photos d’eux en ligne. Je l’ai fait, et je suis allée plus loin, j’ai retiré les connaissances et les gens que je n’avais pas vus depuis des décennies de ma liste d’« amis », et j’ai arrêté de publier quoi que ce soit de personnel, avec 2 exceptions.

La plus récente était une sorte de « coming out », il y a presque un an, où j’ai partagé l’article de blogue que j’ai écrit sur le fait de vivre avec ma condition neurologique irréversible.

La deuxième était un projet photo mère-fille intitulé 100 jours de bonheur, où ma fille maintenant de 16 ans (12 ans à l’époque) et moi on s’est engagées à 100 jours de photos prises et publiées de choses qui nous rendaient heureuses dans une journée, pendant 100 jours, comme petit coup de pouce pour traverser l’hiver, sur Instagram.

Le projet s’est terminé un peu en catastrophe pour ma fille, car son compte Instagram a été piraté, elle en a perdu le contrôle, et toutes ses photos ont été supprimées, quelque part autour du jour 76. On a pleuré ensemble pour sa perte, l’atteinte à sa vie privée, et la souillure de notre projet, mais elle en a tiré des leçons importantes, et j’ai décidé de compléter le projet pour nous deux.

Aujourd’hui, j’ai fait défiler Instagram distraitement (du « doom scrolling », comme C l’appelle), pour la première fois depuis les Fêtes, et je me suis retrouvée anxieuse, avec un sentiment de comparaison artificiellement fabriqué auquel je n’arrive pas à me mesurer. Dans mon monde, l’exemple c’est le sentiment d’être trop en retard dans les semis d’hiver de mes graines de plantes indigènes, que j’aurais dû commencer plus tôt, que j’aurais dû planifier de planter plus d’espèces, que j’aurais dû publier ma liste de plantes que je prévois avoir disponibles sur mon site web déjà, que ma liste devrait être trilingue, alphabétisée et codée avec de beaux symboles dessinés à la main et des notes manuscrites en cursive dans les marges, photographiée sur un gigantesque billot de boucher avec la lueur de notre poêle à bois étanche à peine (mais définitivement) visible à l’arrière-plan gauche, les bas de Noël encore accrochés, etc., etc., etc.

J’exagère peut-être légèrement, mais ce sentiment m’a secouée, et a commencé à bouillonner à l’intérieur de moi avant que je puisse reconnaître ce qui m’arrivait. Je me suis retrouvée assise dans ma voiture en attendant que mon fils finisse sa toute première entrevue d’emploi ce soir, et j’ai commencé à écrire, style flot de conscience en phrases à rallonge, comme je ne peux que faire maintenant, et c’est comme ça que cet article est né.

Ce sentiment de comparaison, de pas-assez, d’infériorité perçue, et d’échec, est fabriqué par un algorithme que je ne me soucie pas de comprendre. Il me suffit de prendre une respiration lente et intentionnelle et de réfléchir à la raison de ces sentiments soudains pour reconnaître ce qui les a causés. C’est comme un picotement d’une petite arête de poisson coincée dans le fond de ma gorge, sans verre d’eau à proximité.

J’ai demandé à ma (maintenant 16 ans) fille, qui n’a rien publié de permanent sur son Instagram depuis qu’elle avait 12 ans, si elle aimerait réessayer les 100 jours de bonheur ensemble. Elle m’a surprise et a dit oui (à condition que publier sur son compte serait gênant, et qu’elle est seulement prête à le faire via un compte anonyme).

Alors on commence. Demain, officiellement, moi et ma fille aînée, à travers son compte secret, 100 jours, 100 photos de quelque chose dans chaque journée qui nous a rendues heureuses, sans commentaire spirituel ni pression d’expliquer le contexte de nos photos, ou notre raison de les avoir choisies.

Si l’idée vous plaît et que vous voulez un jour l’essayer, j’adorerais voir vos photos, et un aperçu de votre vrai monde à travers vos yeux chaque jour aussi. Ou pas, et profitez des miennes. Si vous trouvez le compte anonyme de ma fille, profitez des siennes aussi, même si j’ai promis de ne pas le lier au mien.

Photo — 100 Days of Happiness V2.0

Ce soir c’est le Jour 0, et probablement la seule fois où vous verrez une explication pour une photo, et seulement ici, cachée dans les mots de mon blogue que je sais que seule une fraction des gens qui « aiment » mes photos lisent. Alors pour vous, cher lecteur, chère lectrice, le Jour 0 c’est la dernière soirée des vacances d’hiver avec ma famille, et c’est une photo prise lors de notre toute première soirée familiale « faisons des sushis maison ».

Dans l’esprit des prochains 3,3 mois de mon fil Instagram, j’ai limité cet article de blogue à une seule photo.

Bonne Année!

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